La gestion du stress : on en parle beaucoup, mais on ne prend pas le temps

La gestion du stress : on en parle beaucoup mais on ne prend pas le temps

La gestion du stress : un vrai paradoxe

Nous le savons tous, le stress est une réaction à des agents stresseurs. Nous sommes d'ailleurs, comme la plupart des animaux, extrêmement bien équipés pour réagir aux stresseurs. En fait, notre mémoire archaïque nous permet d'être très bien préparés aux stresseurs absolus c'est-à-dire aux situations extrêmes. Il suffit d'écouter les témoignages de personnes qui ont survécu à des avalanches, à des accidents, à des agressions pour voir à quel point elles ont su instinctivement trouver une réponse au stress. Face à des "attaques" de ce genre, le métabolisme sonne l'alarme et le système orthosympathique va se mettre en marche : la sécrétion d'adrénaline et de cortisol va activer le métabolisme (rythmes cardiaque, respiration accélérés, tension artérielle augmentée, mydriase) et va ainsi permettre de détecter l'agresseur et de faire un choix entre Fuire ou Combattre. Puis le système parasympathique va se mettre progressivement en marche pour réguler le métabolisme et organiser la détente progressive : relâchement des muscles, élimination des toxines, ralentissement du cœur et de la respiration, myosis). Les témoignages sur les situations extrêmes montrent à quel point ce cycle physiologique (alerte-détente) permet une mobilisation de l'esprit et du corps qui répond à un réflexe de survie, permet de se mobiliser et de revenir à la détente.

Au quotidien, ce cycle est permanent, naturel. Il permet à chacun-e de "fonctionner" normalement (prendre les transports, avoir une réunion importante, faire une présentation devant un auditoire etc...). Il faut bien avoir en tête que tout au long d'une journée, chacun-e fait face à différentes situations stressantes et que cela est tout à fait normal. Il serait d'ailleurs totalement illusoire de vouloir attaquer le problème en voulant éliminer les situations stressantes. Elle existent et l'enjeu est de construire les bonnes réponses.

Le défi est important car au quotidien, ce ne sont pas des situations extrêmes qui se présentent (on n'est pas tous les jours confrontés à une avalanche, à un accident, une agression ou encore à la perte d'un proche) et heureusement !

Au quotidien, les sources de stress sont multiples (travail, étude, famille, vie amoureuse, éducation...) et ne sont pas si facilement identifiables. Pour autant, elles vont activer le cycle physiologique alarme-détente et ce, plusieurs fois par jours parfois. Le paradoxe survient du fait que nous disposons d'un magnifique matériel physiologique capable d'organiser une réponse à des stresseurs absolus mais qui aurait du mal à s'organiser face à des stresseurs continus, insidieux, moins facilement repérables et contrôlables. L'être humain est fait pour la chasse mais pas pour faire face à un patron narcissique...

 

Alarme-détente....épuisement

En effet, ce que je vois beaucoup dans ma pratique, ce sont des gens qui en sont arrivés à un niveau d'épuisement important lié à une accumulation de ce type de situations stressantes. Dans ces cas, et ils sont de plus en plus nombreux, les personnes éprouvent une difficulté à accéder à la phase de détente et à organiser une réponse appropriée aux agents stresseurs. La réaction aux agents stresseurs semble bloquée dans la phase d'alarme, les tensions deviennent progressivement permanentes et les temps de détente de moins en moins fréquents. Ce cercle vicieux devient ainsi le terreau aux problèmes d'épuisement professionnel, au stress chronique, burnout et anxiété. La santé mentale est ainsi progressivement affectée.

 

Ecouter ses alarmes

Une des causes principale à l'apparition de l'épuisement est de ne pas avoir vu les signaux d'alarme ou de ne pas les avoir pris au sérieux. Tout le monde a des signaux d'alarme, ils sont singuliers, propres à chacun-e, mais ils "sont" : maux de tête, difficulté à s'endormir voire insomnie, procrastination, maux de dos, tensions musculaires, crampes, maux de ventre, réactions cutanées etc, etc... Il est donc nécessaire de progressivement prendre conscience de ces signaux, leur porter attention. Pour cela, on comprendra qu'il faut faire ce que j'appelle des "arrêts sur image" et prendre le temps de l'auto-réflexion.

 

Identifier les agents stresseurs

Prendre le temps de la réflexivité, c'est aussi regarder d'où vient le danger et de comprendre quels sont les agents stresseurs environnants. Encore une fois, ceux-ci sont propres à chacun-e, aux situations de la vie, aux stades de la vie et il est important de regarder les différentes sources possibles. Les principales sont : la vie professionnelle ou étudiante, la vie amoureuse, la vie familiale, les conditions matérielles (argent, transports, logement), la maladie, les données existentielles (rapport à la mort, au sentiment de liberté, au choix...). J'ajouterais aussi que les conditionnements sociaux introjectés dès l'enfance peuvent être des sources de stress importantes et générer une quête de perfection ou créer de l'anxiété de performance par exemple. Ces conditionnements sont des croyances qui vont agir et générer du stress insidieux, permanent...et donc encore plus difficilement détectable car intégré dans la personnalité de chacun-e. Comme exemple de croyances, je citerais : sois parfait-e, sois gentil-le, fais plaisir, sois fort-e, résiste...mais la liste est en fait plus complexe que cela car propre à chacun-e.

 

Se center sur soi pour développer des stratégie de réponses et organiser la détente

La gestion du stress consiste à trouver ses propres réponses aux agents stresseurs. Chaque personne aura des stratégies singulières et chaque agent stresseur exigera une réponse spécifique : faire face à un problème de santé ne demandera pas la même réponse que la gestion d'une relation professionnelle toxique par exemple.

Pour autant, il me semble que dans tous les cas, une première phase s'impose : se recentrer sur soi. Cette phase est pour moi essentielle car elle est déterminante pour tout le processus de gestion du stress. Se recentrer, prendre du temps pour soi, faire des arrêts sur image, autant d'éléments déterminants pour pouvoir être attentif aux alarmes, pour prendre le temps de voir d'où vient l'attaque et pour trouver une réponse adaptée à chacune des situations. Il s'agit donc de choisir de prendre du temps pour analyser la situation et organiser les stratégies de réponse.

Cette approche est à contre-sens du rapport au temps qui caractérise la société d'aujourd'hui : tout va vite, les changements vont vite, les gens ont un sentiment d'urgence, les parents demandent sans cesse aux enfants de se dépêcher, la performance est associée à la rapidité, il faut vite finir ses études, il faut vite monter les échelons.... La gestion du stress demande de prendre du temps...alors autorisez-vous à prendre ce temps, vous le valez bien !

 

Pénélope Codello

 



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